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Textes des interventions - Meeting Filpac-CGT du 25 janvier 2013 à Strasbourg


Hubert STRAUEL,
Secrétaire Régional

Filpac-CGT Alsace
Nadia SLIMANI,
Déléguée syndicale - DNA
Sandrine DEBENATH,
Déléguée syndicale - L’ALSACE
Jacky WAGNER,
Secrétaire Général  - UD  Bas-Rhin
Marc PEYRADE,
Secrétaire Général de la Fédération



Intervention de Hubert STRAUEL, Secrétaire régional

Tout d’abord, au nom de la Filpac-CGT Alsace, je voudrais vous remercier chaleureusement pour votre participation à ce meeting, malgré les rudes conditions hivernales. Votre présence imposante démontre la pertinence de cette importante initiative, placée sous le mot d’ordre : « Nos journaux appartiennent aux lecteurs et à la population ». Parce que nous refusons la concentration de la presse, la pensée unique au service des idées ultra libérales, l’uniformisation de l’information. Une information pluraliste constitue un élément essentiel du débat citoyen et démocratique !

Affirmons-le d’emblée : non, l’histoire de la presse en Alsace mijotée à la sauce Crédit Mutuel n’est pas écrite d’avance. Ce meeting marque le point de départ d’une campagne inédite sur le thème de la défense et du développement de la presse dans notre région et en Franche-Comté. L’enjeu est de taille. Il s’agit de créer un front très large visant à promouvoir d’autres choix que ceux dictés par l’actionnaire et imposés par les directions des DNA, de L’Alsace-Le Pays, et, au-delà, aux 10 journaux du groupe détenus par le Crédit Mutuel ! Tous les signaux sont au rouge : ces choix sont mortifères pour l’avenir de nos journaux, mettent en très grand péril le pluralisme et la diversité de l’information et tournent le dos aux attentes du lectorat. Ces choix doivent être combattus. Pour la Filpac-CGT, l’heure de la mobilisation générale a sonné.

Nos journaux ont des atouts considérables et jouent un rôle majeur dans  l’accès à l’information pour la population alsacienne. Un réseau dense et réactif d’agences de proximité, des éditions locales garantes d’une information de grande qualité, un savoir-faire indéniable de tous les salariés, un réseau de portage permettant de livrer, chaque matin, le journal avant 7 heures à tous les lecteurs. Les résultats sont à la hauteur : avec 250.000 abonnés et une audience cumulée de près de 900.000 lecteurs, plus de la moitié de la population est informée à travers les colonnes de nos journaux. L’Alsace est bien une région de pointe pour le poids de la presse quotidienne dans les médias.

Pourtant, à en croire les sentences de notre actionnaire, il faudrait jeter tout cela par-dessus bord. En cause, l’absence de rentabilité et des résultats financiers décevant. Au point que nous devrions nous résigner, à moyen terme, à accepter la disparition pure et simple d’un des deux journaux. Selon M. Lucas, PDG omnipotent du Crédit Mutuel que je cite : « Dans 10 ans, il n’y aura plus qu’un seul journal en Alsace ». A croire que la mise en place du conseil unique a fait des émules au sein des états-majors de l’information. Comme si le légendaire esprit de rivalité entre « Bägser » et « Südländer » pouvait se rayer d’un trait de plume, et le fameux «Landgràwe » était définitivement comblé. Il est vrai que, si on reste dans la logique de baisse des effectifs érigé en dogme absolu, il ne restera bientôt plus d’autres alternatives que les synergies, mutualisation et autres mises en commun qui nous sont inlassablement servies. Au cours des 10 dernières années, ce sont 150 emplois qui ont disparu à L’Alsace-Le Pays et 300 aux DNA. Nous sommes clairement engagés dans une logique d’affaiblissement et de démantèlement de nos capacités productives, les fossoyeurs sont aux manettes. Et le rythme s’accélère. Les mesures imposées de la manière la plus brutale et la plus violente depuis le rachat des DNA en témoignent. En l’espace de quelques mois, les réorganisations à la hussarde ont été infligées aux salariés, sans qu’à aucun moment un quelconque débat ne soit engagé. Un rouleau compresseur a laminé tout dialogue social digne de ce nom, et les syndicats, les élus du personnel sont méprisés, dénigrés ou ignorés. Rapprochement imposé des deux titres à Saint-Louis et Sélestat, édition bilingue commune, mise en place d’une structure d’information générale à Paris pour les 11 journaux détenus par le Crédit Mutuel, fusion des équipes commerciales de vente-abonnement et de publicité à Colmar, élargie aux équipes rédactionnelles à court terme. A ce rythme, nous pouvons être certains qu’il ne faudra pas 10 ans pour aboutir au journal unique !

L’ensemble de ces restructurations n’a qu’un objectif : faire baisser fortement les coûts de productions en les ajustant à la baisse tendancielle de la diffusion du journal. Seul problème, le remède nous enfonce chaque année un peu plus dans une crise durable et profonde. Ce n’est pas en mutilant le malade qu’on le sauve ! Pour la Filpac-CGT, quand une recette ne marche pas, il est urgent d’envisager les choses autrement, pour bâtir une réelle alternative à cette fuite en avant. Alors, que penser ? Ni optimisme béat, comme certains voudraient nous en convaincre, comme s’il n’y avait rien à craindre, et qui martèlent à profusion la chance d’avoir un tel actionnaire, ni inquiétude démesurée, du genre fataliste : « C’est certain, un jour, ils vont nous lâcher ! » Sur le fond, est-il seulement envisageable d’imaginer le scénario tel qu’il est écrit ? Notre conviction, c’est que l’avenir s’écrira à partir de nouvelles ambitions, basées sur une vraie stratégie de développement, intégrant les mutations en œuvre dans les pratiques de lecture et d’information.

Tout au long de ces derniers mois, les militants Filpac-CGT des DNA et de L’Alsace-Le Pays ont construit patiemment la stratégie syndicale la plus adaptée à nos ambitions. Cette stratégie a un double objectif. D’une part, le rassemblement de tous les salariés, de toutes les catégories, autour de projets novateurs et mobilisateurs ; d’autre part, donner un écho retentissant à la campagne en nous adressant à l’opinion publique. Ces deux aspects sont complémentaires. Dans un cas comme dans l’autre, l’ampleur de la mobilisation sera déterminante pour aboutir à des résultats concrets.

Sur le premier point, les équipes communes de militants des DNA et de L’Alsace-Le Pays peuvent témoigner des retombées positives de cette pratique nouvelle. Les débats qui ont rassemblé les salariés dans nos agences, l’accueil qui nous a été réservé, ont été extrêmement positifs.

Sur le deuxième point, il s’agit d’informer et d’alerter la population sur ce qui se passe dans les deux journaux. Il est certain que de nombreux lecteurs se posent des questions. Mais, tel le cordonnier qui, comme chacun le sait, est le plus mal chaussé, nos journaux informent de tout, sauf de ce qui se passe sous leurs toits. C’est pourquoi nous avons mis une pétition en ligne sur le thème du pluralisme de la presse en Alsace. A ce jour, nous totalisons près de 1000 signatures. Nous sommes persuadés que ce score a une très grosse marge de progression. Nous avons également envoyé un courrier spécifique à tous les élus, députés, sénateurs, maires, conseillers régionaux et généraux, membres du CESER, partis politiques. Nous savons d’expérience que le poids de l’opinion publique pèse fortement sur les décisions de notre actionnaire. Comme tout banquier respectable, rien ne lui est plus insupportable que d’être critiqué pour sa gestion.  Nous lançons un appel, à tous ceux qui sont attachés au pluralisme, à l’expression de la diversité, à l’existence et à la pérennité de deux journaux réellement indépendants, à signer et à faire signer la pétition en ligne sur le site de la FILPAC-CGT Alsace.

La dynamique que nous avons créée porte ses fruits, c’est indéniable. Dans l’immédiat, il s’agira de ne pas faire retomber le soufflé. Dès le mois prochain, l’ensemble du lectorat de nos journaux sera informé et alerté, soit directement, soit par la publication d’un communiqué de presse dans les colonnes de nos journaux. Nous envisageons également de nous adresser aux  directeurs des caisses de Crédit Mutuel, ainsi qu’aux sociétaires et aux clients, alors que se développe une campagne d’intoxication évoquant un éventuel dépôt de bilan.

Un mot pour évoquer la situation critique du journal « Le Pays », édité en Franche-Comté  par le groupe L’Alsace. Sans rentrer dans les détails d’un sentiment d’abandon douloureusement vécu par le personnel, il sera indispensable de construire les solidarités nécessaires entre les salariés des deux titres. Nous lançons un appel au syndicat Filpac-CGT de L’Est-Républicain pour développer le travail en commun nécessaire et indispensable et construire le projet pour les journaux francs-comtois.

Par ces multiples initiatives, nous exprimons une attente forte et urgente : « Messieurs du Crédit Mutuel, il est indispensable et urgent de nous recevoir et de débattre des alternatives dont nous sommes porteurs pour assurer le développement de la presse en Alsace ». Nous vous tiendrons bien évidemment informés des retombées du meeting de ce jour. En cas d’absence de réaction à notre demande, il est clair que de nouvelles initiatives seront à l’ordre du jour. Nous sommes bien conscients que les conditions de l’élargissement du front syndical ne sont pas d’actualité. Mais nous continuerons, avec entêtement, à militer pour gagner à ce combat toutes les catégories de personnel, sans exception, si possible dans l’unité la plus large.

Tous ensemble, faisons de l’année 2013 une étape marquante dans les évolutions futures. Ce qui est certain, c’est que le statu quo ne peut être de mise. Ce meeting ne doit pas être considéré comme un aboutissement ni une fin en soi. Nos ambitions sont fortes et légitimes. Nous revendiquons une politique répondant aux besoins d’une information diversifiée, adaptée à l’émergence des nouvelles pratiques du lectorat, par le développement de la formation professionnelle et des qualifications, garant de la pérennité des emplois, accompagné d’une politique d’investissement audacieuse répondant à ces besoins. Notre actionnaire, dont la santé financière ne fait de doute pour personne, en a indiscutablement les moyens. Il est grand temps que la peur, l’angoisse, l’inquiétude qui polluent l’atmosphère dans nos services, bureaux et ateliers changent de camp. Dès aujourd’hui, nous appelons tous les salariés à s’unir et à soutenir la Filpac-CGT dans ce qui doit être considéré comme le début d’un nouveau chapitre de la longue histoire de nos journaux.

Pour finir, à l’intention de ceux qui auraient encore des doutes sur nos capacités de peser, une citation d’Arthur Rimbaud : « Seules sont perdues d’avance les batailles qu’on ne livre pas ! »

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Intervention de Sandrine DEBENATH, Déléguée syndicale du journal L’ALSACE

Je prends la parole pour vous parler du terrain... de ce que je connais le mieux.... et de vous voir si nombreux ici me fait chaud au cœur et me conforte dans l’idée que notre travail est porteur.

Aujourd’hui la presse est en crise, le papier en perte de vitesse et les salariés sont en souffrance. Pourquoi ? Quel est vraiment le fond du problème ? Ce sont les perspectives et le développement qui manquent cruellement.

Notre actionnaire le Crédit Mutuel détient le plus grand groupe de presse en France avec 11 titres, dont L’Alsace-Le Pays et les DNA. Dans quel but ? Le seul mot qui résonne dans la bouche de nos dirigeants est la rentabilité. A n’importe quel prix ? A la Filpac-CGT, nous disons NON ! Nos directions ne peuvent pas continuer à gérer nos journaux avec la même recette qui a fait les preuves qu’elle ne fonctionne pas durant cette dernière décennie : la baisse des coûts n’est pas la solution à nos problèmes et ne garantit pas le financement nécessaire pour le développement de la presse.

Comment peut-on imaginer gagner des nouveaux lecteurs en vidant les rédactions et en dilapidant ce qui est notre richesse : la proximité avec le lecteur ? Ces lecteurs qui nous font confiance depuis presque 70 ans à L’Alsace-Le Pays et 135 ans pour les DNA ! Ce lectorat justement, qui est en pleine mutation vers d’autres supports d’information, comment l’accompagne-t-on ? Un axe de développement incontournable est le web. Or, à tous les niveaux, que ce soit à la vente de la publicité, à la vente du support numérique, à la fabrication ou même la rédaction spécifique pour le web, les moyens et les ambitions pour la formation professionnelle font cruellement défaut.

Internet ne va pas tuer le papier !!! Ce qui tue le papier, c’est la course à la rentabilité immédiate au profit de nos actionnaires. Il faut se donner les moyens et le temps nécessaires car le web est complémentaire du papier.

Nous représentons plus de mille salariés en Alsace et au Pays. Nous avons des métiers, des qualifications et des compétences reconnues qui doivent être développés et pérennisés, et notre volonté est de le faire en gardant nos identités respectives. Ces trois dernières semaines, nous avons fait le tour de tous les services de nos journaux, en passant par les agences de Montbéliard à Strasbourg pour L’Alsace-Le Pays et jusqu’à Wissembourg pour les DNA, en délégations communes quand c’était possible. J’en profite au passage, pour remercier les salariés de leur accueil vraiment sympathique et du temps qu’ils nous ont accordé. Lors des débats très nourris et des discussions pertinentes échangées avec toutes les catégories de salariés, nous avons pu répondre à un besoin qui était clair : celui de vider enfin son sac !

Ce travail commun et affiché entre L’Alsace-Le Pays et les DNA, était novateur syndicalement et nous a permis de mesurer à quel point, surtout en zone de concurrence franche, les salariés sont en souffrance. Employés, journalistes, cadres et ouvriers, le ressenti est unanime dans les deux entreprises. Au Pays à Belfort et Montbéliard, au sud de la région pour les DNA et au nord pour L’Alsace, les effectifs sont réduits à peau de chagrin et les équipes galèrent. Nous avons entendu des mots très forts décrivant des situations qui ne peuvent plus durer : « burn out, humiliation, opacité, on accuse même les équipes de ne pas savoir s’organiser pour justifier les non-remplacements ». «Le flou est total, on nous fait du chantage » ou encore : «On est désolés pour eux mais on n’est pas là pour pallier au manque d’effectif de l’agence d’en face » et c’est bien légitime !!!!

Chaque salarié s’est investi dans son titre, le défendant jalousement durant des années, entretenant une bagarre et une concurrence saine entre les journaux, ce qui a permis d’atteindre un niveau de qualité certain dans nos colonnes. Et aujourd’hui nous devrions sacrifier tout ça parce que les prévisions budgétaires de notre actionnaire imposeraient un seul titre en Alsace d’ici 10 ans ? Renoncer à nos spécificités et nos différences culturelles qui ont fait notre force ?

Encore une fois NON. C’est à nous qui avons écrit et qui écrivons l’histoire de nos journaux de taper du poing sur la table et de dire « STOP » ! Retrouvons le cœur de notre métier : l’information et le service aux lecteurs et usagers. Remettons ce lecteur au centre de nos préoccupations et non les chiffres à plusieurs zéros.

Aujourd’hui, nous ne sommes pas là pour brûler des pneus ou bloquer les rotatives. La Filpac-CGT est porteuse d’un projet, dans lequel chacun de nous a sa place, avec une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, des formations aux nouveaux métiers et un accompagnement pour les secondes parties de carrière. Les salariés ont besoin d’être rassurés et de savoir où ils vont.

Ok c’est un banquier qui a mis la main sur nos entreprises de presse, et cela doit être un atout pour nous. M. Lucas nous dit qu’il a le temps car il a de l’argent. Tant mieux ! Nous allons lui démontrer qu’en utilisant cet argent, non pas pour essuyer des grèves, mais pour former le personnel à de nouvelles perspectives, ça ne peut être que gagnant-gagnant.

Profitons de la structure que ce groupe nous offre pour mutualiser intelligemment ce qui peut l’être, dans le respect de nos métiers, encore une fois pour développer et non pas pour jouer les bouche-trous.

La presse n’est pas morte et nous non plus !!!!!

Notre actionnaire doit prendre ses responsabilités dès à présent et la FILPAC-CGT veillera à ce que ce soit dans l’intérêt de tous les salariés. Merci !

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Intervention de Nadia SLIMANI, Déléguée syndicale DNA

Bonjour à tous,

Je ne vais pas tourner autour du pot, je vais aller à l’essentiel. Je m’adresse à vous, salariés, et à vous, lecteurs ! Le journal auquel nous sommes tous attachés est le fruit de notre travail et il vous appartient, à vous, lecteurs, mais aussi à vous, salariés.
Aujourd’hui la presse en Alsace est mise à mal :
- mise à mal car notre actionnaire majoritaire a décrété que, je le cite : « si, d’ici 10 ans, il n’y a plus qu’un seul journal en Alsace, nous aurons fait  notre travail » ;
- mise à mal car les lecteurs ne s’y retrouvent plus en lisant leur journal le matin, 
- mise à mal car les contenus s’appauvrissent,  
- mise à mal car un cap est déjà franchi dans  l’uniformisation avec un premier cahier identique concernant les informations générales dans nos deux journaux.
La presse est mise à mal car la peur règne dans nos murs.

Les plus optimistes, aux DNA comme à « L’Alsace », diront peut-être qu’il nous reste encore plusieurs cahiers pour se différencier de leurs ex-concurrents ou de leur nouveau frère. Mais quels sont les moyens mis en œuvre par nos dirigeants pour enrichir ces cahiers et pour faire en sorte que chaque titre garde son identité, liée à son histoire et à son « rôle » dans la région ? Il en reste peu, malheureusement !

Et les conséquences sont immédiates : le nombre d’abonnés dégringole, notre diffusion n’est pas bonne, je vois que les contenus correspondent de moins en moins aux attentes des lecteurs !
Bien sûr, sur cette question, nous ne pourrons progresser qu’avec le travail commun de toutes les catégories, Livre et journalistes !!!

Autres conséquences, la dégradation des conditions et de l’environnement du travail ! ET JE VEUX ICI ME FAIRE LA PORTE-PAROLE DE TOUS CEUX QUI SONT EN SOUFFRANCE AU QUOTIDIEN A LEUR POSTE DE TRAVAIL !
Je vois des gens qui viennent travailler avec la boule au ventre, car ils ne savent pas de quoi demain sera fait. Nous vivons un stress permanent, car des synergies, des mutualisations, des mutations plus ou moins forcées se mettent en place sans aucune négociation avec les élus, aucune concertation préalable !  Tout le monde se retrouve devant le fait accompli. Des départs naturels, des départs forcés, des départs dits volontaires, bien sûr sans aucun remplacement. Les conditions de travail ne sont plus tolérables, et ce dans tous les secteurs d’activité.

Comment pouvons-nous fournir à nos lecteurs un contenu de qualité avec un effectif en chute libre sous prétexte d’économies ?

Depuis des mois et des mois, la Filpac-CGT demande l’ouverture de négociations pour la GPEC, la Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences ; il s’agit là d’une obligation de négociation triennale dans le but de préparer les salariés à évoluer, avec la mise en place de formations adaptées pour répondre aux besoins des évolutions de la presse, notamment les incidences du numérique, et ainsi éviter des restructurations brutales avec des effets dramatiques sur l’emploi ! REFUS NET de notre direction au motif qu’elle n’a pas de mandat de M. Lucas pour ouvrir ces négociations. Notre direction dit aussi, je cite : « Vous pensez que nous savons ce qui va se passer d’ici un ou deux mois ?? Si nous savions, nous vous le dirions ». C’est ce même discours qui nous est servi à chaque Comité d’entreprise ! Nous avons demandé une réunion pour connaître la stratégie de notre actionnaire sur deux ans et sur toute l’entreprise, et dans tous les secteurs. Là encore, notre direction botte en touche : « Circulez, il n’y a rien à voir » ! Par contre, nous avons droit à de belles paroles telles que : « Rassurez le personnel, dites bien que nous maintenons tous les CDI et que, dès que nous aurons des directives, nous vous en informerons ».

Pendant ce temps, la mise en place unilatérale des transformations se poursuit !!! Du jour au lendemain, nous apprenons que des salariés de « L’Alsace » viennent s’installer dans nos locaux et que des salariés des DNA iront s’installer chez nos confrères. Nous ne sommes pas dupes : nous savons très bien que les grandes lignes sont déjà tracées et que la stratégie est de faire sans les partenaires sociaux. Nos directions oseront-elles dire que cette information leur a été donnée la veille ? Nous savons qu’il n’en est rien.

Nous apprenons aussi, du jour au lendemain, que nos commerciaux pub vont devoir vendre des emplacements pour des parutions dans nos deux titres, nos prospectrices vont devoir vendre les deux journaux… et après ça on veut encore nous faire avaler qu’ils ne savent rien et qu’il n’y a pas de fusion, que chaque salarié reste salarié de son titre même s’il intègre les locaux de l’autre titre !!!

Maintenant ça suffit !!! De qui se moque-t-on ??? Et vous, lecteurs !! Lorsque vous lisez votre journal, pouvez-vous penser un seul instant que les articles que vous lisez, les photos, les publicités que vous regardez sont le travail de salariés en souffrance. La Filpac-CGT n’est pas là aujourd’hui pour freiner les évolutions technologiques, elle n’est pas là non plus pour refuser des changements, MAIS PAS COMME CELA !!!

NOUS DISONS "STOP" à cette mascarade qui n’a que trop duré. Stop aux décisions unilatérales, stop à cette souffrance. La Filpac-CGT exige des réponses !  Des réponses pour toutes les catégories de salariés.

NOUS EXIGEONS UNE REUNION DE NEGOCIATION, AVEC NOTRE ACTIONNAIRE, OU LA STRATEGIE DU GROUPE, SES INCIDENCES SOIENT DEVELOPPEES ET OU NOUS POURRONS SOUMETTRE NOS PROPOSITIONS ET NOS REVENDICATIONS dans le cadre d’un projet porteur d’avenir pour nos emplois, porteur d’avenir pour la presse. Car oui, la presse a un avenir, encore faut-il que la « banque à qui parler » nous écoute et mette les moyens en œuvre pour qu’après 135 années d’existence, les DNA continuent de donner envie aux lecteurs de lire un journal papier et de transmettre cette envie aux générations futures.

Soyons unis parce que notre projet est aussi VOTRE PROJET !

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Intervention de Marc PEYRADE, Secrétaire Général de la Fédération

"Il est temps de préparer ensemble un nouveau 4 juillet, par l’échange le plus large et le plus ouvert avec tous les salariés de tous les titres de la presse française quel que soit leur secteur d’activité."

Chers camarades,

Notre meeting d’aujourd’hui pour la défense de la presse en Alsace et dans le grand Est, s’adresse à l’ensemble des salariés de la presse et de l’information, et bien au-delà à tous les citoyens attachés à la liberté, à la démocratie.

Et si nous nous retrouvons devant les Dernières Nouvelles d’Alsace comme nous nous étions regroupés, solidaires, cet été à Paris Normandie et à l’Union de Reims, c’est bien parce que nous sommes déterminés à continuer notre combat pour l’information et pour ses emplois.

Car le traitement infligé aux titres d’informations politiques et générales – qu’il s’agisse de ceux de la PQR, de la PQD, de la PQN, ou des magazines - ne dépend pas d’un patron en particulier, si odieux et insultant soit-il (citation Michel Lucas dans le magazine XXI).

Tous les patrons sont coalisés autour du gouvernement, aujourd’hui encore en accord parfait pour soumettre l’information au dogme libéral unique en cours, qui leur semble également valable pour l’hôpital, l’école, le service public, le logement, la sidérurgie, l’automobile ou la santé.


Ils sont en accord sur quoi ?
- augmenter la compétitivité ;
- réduire les coûts de production ;
- concentrer ;
- remplacer les hommes par les machines, au nom de la nouvelle religion du numérique.

L’air est désormais bien connu, et les preuves de l’échec de cette pseudo-politique économique sont apportées chaque jour.
Pourtant ce sont bien ces termes dont Sarkozy a fait un décret pour l’information, en avril 2012.
Un décret que le nouveau pouvoir n’a pas aboli.
Les dégâts actuels subis par l’information en découlent.
Elle n’est ni malade du numérique ni anémiée parce qu’elle a une mine de papier imprimé.
Non ! Entre eux, dans le secret, patrons de l’information et gouvernement s’entendent sans discontinuer pour détruire jusqu’au moindre vestige des cadres de régulation qui protégeaient la presse et l’information des violences et des excès du marché.
Telle fut la croisade lancée par Sarkozy en 2008, lors de ce qu’on a appelé bien malencontreusement « les états généreux de la presse ». Ils n’ont été généreux que pour les grands patrons : dès ce moment, l’Etat, s’autoproclamant stratège, a entrepris de créer un ou deux groupes d’informations dominants, et décidé que l’information ne serait libre qu’à la condition expresse d’être rentable.


Il s’agit bien de très grands patrons, Rossel-Crédit Agricole, Niel-Free-BNP, Crédit Mutuel, Bolloré et Bouygues pour les gratuits, Dassault-Le Figaro, Arnault-Les Echos, etc.

Le rapport du député Françaix vient de rendre public que les aides à la presse ne bénéficient qu’aux plus grands groupes. D’ailleurs, qu’y a-t-il de plus habile, en effet, pour ces grands patrons que de courir les ministères afin de leur soutirer, en plus de ces aides, des subventions pour le portage ou pour la formation, vite fait étouffées dans la consolidation des comptes d’exploitation.

Sans effet aucun pour le soutien à la presse, ses lecteurs et ses emplois.


En témoigne le capharnaüm dans la distribution de la presse.

C’est un accord tripartite, tenu secret jusqu’à présent, passé entre le gouvernement, la direction de Presstalis et les patrons de presse qui a lancé une machine de destruction de la distribution régie par la loi Bichet et un barème de péréquation bénéficiant aux petits éditeurs.
Presstalis est condamnée sans appel, et avec elle des centaines d’emplois. Pourquoi ? Parce que le volume de papier imprimé diminue ? C’est un fait important, mais leur raison réelle n’est pas là !
Il a été décidé, là-haut, que Lagardère Hachette devait s’extraire de son rôle d’opérateur, et qu’après lui il ne serait pas possible de donner ce rôle à un autre organisme. Dans quel but ? Comme l’ont décidé les états généraux de 2008, ce que nous a confirmé le représentant du groupe Rossel cet été, « moins on sera autour de la table, plus le gâteau de la presse sera juteux ! ».

 
Comment mieux élaguer les branches de la presse qu’en la privant d’une distribution coopérative et solidaire ? Optimiser la concurrence entre titres et groupes par une distribution à leur frais, c’est pousser à la disparition des plus faibles. De cette sélection par l’argent, la naissance du groupe dominant en sera accélérée, espèrent-ils.
Pour cela, ils ont été jusqu’à neutraliser la loi Bichet en 2011 et à consentir que les présentoirs de presse n’offriraient plus à la vue du client que les titres a priori vendables ! Parallèlement, des centaines de points de vente ont été rayés de la carte de la distribution.


Eh bien ! Nous, Filpac CGT, nous disons que la distribution de la presse d’information politique et générale imprimée peut disposer dès demain d’un opérateur qui l’organise : nous constatons que La Poste traite 25% de la presse imprimée. En quoi ne serait-elle pas un candidat valable, relevant le défi de l’abandon de Lagardère Hachette ?

En ce moment se négocient les missions de service public de La Poste. La distribution des titres
d’information politique et générale, relevant de l’application concrète de la liberté de circulation des opinions et des idées, peut fort bien trouver le point d’appui qui lui fait défaut. Peut-être y a-t-il d’autres propositions. Mais enfin, nous à la CGT, nous affirmons que ce n’est pas Hachette ou le chaos, tout ça parce que l’héritier Lagardère veut rentrer dans ses sous et que les éditeurs se lancent entre eux dans une concurrence sans merci !

Sinon, la distribution, laissée aux mains des grands patrons, va devenir une assistante de la Grande Faucheuse, qui a déjà emporté France Soir et La Tribune. Demain c’est la mort assurée faute de distribution d’un grand nombre de journaux et de périodiques.

L’information en sortira durablement mutilée.

Et puis, qu’on cesse de nous matraquer avec cette fausse évidence, « le papier imprimé est mort » ! C’est du bluff !

Ce qui nous apparaît, c’est l’accélération des transactions financières autour du papier : Hersant fuit en Suisse, et y construit à grande vitesse un groupe de presse papier. Ce dont il ne veut plus dans les

DOM TOM comme en métropole (Paris Normandie, Nice Matin, L’Union) trouve acquéreur dans la seconde qui suit.

Et que dire de ce banquier si avisé, Michel Lucas, qui investirait dans le papier sans escompter en
tirer profit ?

Les concentrations ne sont pas terminées. L’embardée grotesque et sérieuse nommée Tapie n’y change rien. Il s’agit pour les patrons de concentrer les titres de propriété du papier, pas de le faire disparaître.

Mais alors, le numérique ? C’est une terre d’aventures sauvages.
Quand le nouveau média Internet a surgi des entrailles de l’informatisation de la société, qui, elle, a débuté dès les années 70, nulle contrainte légale ne lui a été imposée, contrairement à la presse, la radio et la télé.

Si bien que, très facilement, des géants, en quelques années, se sont constitués en quasi monopoles mondiaux. Ils ont nom Google, Yahoo, Microsoft, Cisco, etc. Même le plus modeste fournisseur d’accès à Internet peut snober la responsabilité de ce qu’il héberge ou éditer ou bloquer les référencements des sites de presse comme bon lui semble.


Conséquences ?

Les procès se multiplient entre éditeurs et Google, notamment. Rien n’est réglé en matière de propriété intellectuelle, de rétribution du créateur donc. Quant aux aides à la presse numérique et à la

labellisation de l’information sur le web, leur domaine est celui du balbutiement.
Il se déverse sur le Net un flot de données dont à peine 2 ou 3% peuvent être qualifiés d’informations réelles et sérieuses. Le bombardement instantané de news montre que le souci n’est pas d’informer, mais de retenir quelques brefs instants l’attention de l’internaute.
Le sentiment d’information l’emporte sur son contenu. Le numérique actuel, c’est l’économie de l’attention, pas de l’information.
Les patrons de l’information, eux, sont obnubilés par le Pactole de la publicité, ce fleuve de la mythologie de la Grèce antique qui charriait de l’or en paillettes. Pour eux, rien ne compte tant que la pêche à la publicité sur le Net.

C’est ça qui les fait courir. Mais c’est là que l’aventure commence : comment peuvent-ils espérer entrer en concurrence sur la pub avec les géants du Net, et circonvenir en même temps leur source de profit, le papier imprimé, dans lequel ils disent ne plus vouloir investir ?
Tous se lancent dans la course, combien en réchapperont ? Ils ne savent pas où ils vont, mais l’Etat stratège azimuté sur le numérique les pousse à y aller. Certains, comme le groupe Le Figaro ou Rossel-Voix du Nord-L’Union, espèrent en tirer 40-45% de leur chiffre d’affaires. Mais le gros de la
troupe n’y survivra pas.
En réalité, ce qu’on nomme de manière elliptique « le numérique » leur sert d’habillage idéologique.
Ce qui serait archaïque au regard du moderne Internet ? Les salariés, leur statut, leur solidarité, leurs qualifications professionnelles, leur attachement à l’information.
Ce qui serait moderne ? Passer du service de l’information au service d’un réseau numérique, qui ne connaît ni périodicité ni exigence légale. L’information ne serait plus cet exposé minutieux des faits et de leur commentaire, mais une donnée informatique qui doit aller à la vitesse inhumaine de la nanoseconde.
En somme, le média Internet est capturé par une idéologie libérale qui le présente à la fois comme le moyen de sortie de crise grâce aux Nouvelles Technologie de l’Information et de la Communication, et creuset d’une data- information dépolitisant l’ancienne, la réduisant à la capture du temps de cerveau disponible pour consommer sur le Net.
Nous affirmons ici l’extension du domaine de la bataille de l’information au Net et à tous les supports existants. Il n’y a pas de match papier contre numérique, mais une cause juste, celle du droit à l’information.


En vérité, la numérisation s’empare des procès actuels de fabrication : la mise en réseaux des rédactions et de tant d’autres services opère une dématérialisation de l’entreprise de presse, en même temps qu’elle optimise des gains de productivité moissonnés par le seul propriétaire, qui ne réinvestit que pour rationaliser, supprimer des éditions, opérer des regroupements de titres.
C’est bien ce à quoi nous sommes confrontés ici en Alsace comme dans tous les pôles régionaux que le Crédit Mutuel a constitués comme autant de terrain propice d’après lui à la concentration.
L’information s’en trouvera de nouveau mutilée au détriment de la richesse de la vie Culturelle, économique et sociale des territoires qui ne peut aucunement se réduire à la région administrative.


Et l’imprimerie, là-dedans ? Une branche industrielle désuète ? Gutenberg au musée ?

Les principes de management libéral, filialisation et externalisation, conduisent nos patrons de presse, qui n’ont oublié de commettre aucune erreur stratégique en matière d’impression, à courir deux buts à la fois :

- concentrer les unités selon une mutualisation ordonnée par un rapport de stratèges gouvernementaux, experts en tout, surtout en déprédations sociales,
- s’en séparer éventuellement, considérant que l’imprimerie doit devenir rentable par elle-même, au moment où ils affirment leur foi inébranlable dans le numérique !

Aussitôt les appétits s’aiguisent !
Les patrons de l’imprimerie de Labeur, ayant organisé entre eux une concurrence mortelle au moins disant tarifaire, se proposent de récupérer la charge de travail des imprimeries de presse d’information politique et générale sous couvert de soudaines compétences dans le domaine de l’imprimerie numérique. Par leur syndicat nommé UNIC, ils reçoivent de l’actuel gouvernement la sainte

mission d’explorer les pistes de l’impression numérique. Ils lorgnent en fait sur la charge de travail et la baisse du prix de la force de travail.

Les patrons de presse, désormais réduits à quelques groupes aux frontières provisoires, ne veulent ni de leur concurrent UNIC ni continuer d’entretenir un parc machines dans lequel, pourtant, les gains de productivité ont été considérables. En PQR, vont-ils procéder à quelques-uns d’entre eux à une mise en commun des moyens ? Au sein de chaque groupe ? Quoi qu’il en soit, ils s’apprêtent tous à passer des accords compétitivité emploi sur fond de concentration.


Pour desserrer l’étreinte opérée par la concurrence de l’UNIC et la volonté des patrons de presse de concentrer, voire d’externaliser, suivant le plan gouvernemental, la Filpac CGT a décidé d’élaborer son propre plan pour l’imprimerie. De notre point de vue professionnel et syndical, il s’agit :
- de consolider le lien entre informations politiques et générales et moyens d’impression à leur service,
- d’avancer un projet concret de mise en réseau de ces imprimeries, de façon à déjouer les pièges de la concentration sauvage et de la concurrence sans fin,
- de garantir à tous les titres d’IPG des moyens industriels indispensables à leur existence.

Avancer cette idée revient-il à avoir une vision sectorisée de la bataille pour l’information ? Non c’est l’inverse. Au centre de notre démarche se situent plusieurs exigences globales, indissociables, qui animent notre campagne syndicale : une remise à plat globale de la situation de l’information et de la presse en particulier doit être effectuée.
L’occasion immédiate en est fournie par le réexamen des aides à la presse, dont F. Hollande a révélé l’intention lors de ses voeux à la Profession. Le tropisme obsessionnel vers le numérique doit être remplacé par le souci de l’indépendance et du pluralisme de l’information sur tous ses supports.


Nous revendiquons un cadre national de négociations et de débats sur cette question des aides qui doit être traitée en écartant de façon nette l’option libérale inscrite au coeur du décret sarkozyste adopté à la
hâte en avril 2012, juste avant son réjouissant départ.
Il n’est pas une seule raison pour que ce gouvernement dispose de fonds publics qu’il distribuerait à la fois selon le dogme libéral précédent et selon les conseils d’experts blottis dans les think tanks, organisés en lobbys.
Il n’est pas de raison pour laquelle les salariés de l’information et leur syndicat ne soient pas représentés.
Ces échanges, ces débats et ces négociations doivent déboucher sur l’élaboration d’une loi fondamentale pour l’information.
Elle offrira une base légale à la nécessaire rupture entre d’une part les forces industrielles et financières qui la dominent et d’autre part les sociétés d’information.

Nous ne nous satisfaisons pas de l’illusion de l’information, de sa mise en spectacle, en somme de ces stratégies qui couvrent son changement de nature où n’est prise en considération que sa valeur marchande, bref sa confiscation par le marché.

La simple affirmation selon laquelle la société de l’information est advenue par la simple mise en réseau de tous les ordinateurs nous apparaît comme une supercherie. L’espace public est à reconquérir, confisqué aujourd’hui par des médias hors de portée de la loi du seul fait qu’ils appartiennent à des groupes surpuissants, sans lien et sans contrainte avec la lettre et l’esprit du bloc de constitutionnalité en vigueur.


Nous ne pèserons que par nos luttes

Sur toutes les questions d’information, d’emplois, de qualification, de salaire, de formation, nous ne sommes écoutés que quand nous sommes mobilisés.

C’est l’expérience qui nous dicte cette affirmation. La seule fois, la seule dans la période récente, où nous avons été sinon écoutés du moins entendus, c’est quand, le 4 juillet 2012, nous avons opposé une grève nationale aux prétentions de Rossel à licencier par centaines les collègues et camarades de Rouen et du pôle Champagne Ardennes Picardie.

Nous avons ainsi, très tôt, fait le test concret de l’attitude du nouveau gouvernement, qui, sur le fond, n’a pas rompu avec le précédent. Nous sommes certains que toutes nos analyses, si justes soient-elles, toutes nos propositions, si pertinentes soient-elles, n’auront de poids que si elles reposent sur une vaste mobilisation.


Et les faits nous ont donné raison : la dette du groupe Hersant, sur laquelle reposait l’exigence de Rossel à licencier a priori des centaines de salariés, cette dette a été miraculeusement effacée dans la transaction obscure entre le gouvernement, Rossel et Tapie.

Oui, oui, nous disons bien qu’un pool bancaire de 17 confrères à Michel Lucas a effacé deux centaines de millions d’euros pour permettre la vente de Nice Matin et La Provence. Nous avons bien fait de résister à ce chantage emploi/contre dette. D’autant que malgré ses dettes d’hier, la famille Hersant, a trouvé moyen de mettre 50 millions d’euros sur la table, pour moitié par ce vieux cheval de retour de la grande truanderie, Tapie.

Nous sommes ici aujourd’hui pour créer les conditions de la poursuite de cette mobilisation. Par un travail de conviction auprès de tous les salariés de toutes les catégories. Rien ne remplacera nos explications, surtout à l’heure où une direction nationale de la CFDT croit bon jouer le rôle du syndicalisme de complaisance à l’égard et du gouvernement et du patronat.

Nous voulons forcer le blocus mis par le patronat contre l’ouverture de négociations qui, aujourd’hui, ne se tiennent ni à l’échelon des syndicats patronaux, ni à celui des groupes. Les patrons de presse sont comme leurs frères du Medef : c’est leur programme et rien d’autre.

Tout juste tolèrent-ils, mais seulement au niveau de l’entreprise, la négociation de contrats, compétitivité emploi, ou l’acceptation par d’autres voies du fait fondamental pour eux : nous devrions payer leur crise par la destruction de nos emplois, de notre protection sociale, de nos salaires.

Il est temps de préparer ensemble un nouveau 4 juillet, par l’échange le plus large et le plus ouvert avec tous les salariés de tous les titres de la presse française quel que soit leur secteur d’activité. Tout ce qui a été engagé aux DNA et à l’Alsace comme moyen militant pour organiser ce meeting, tout ce qu’ensemble nous allons continuer à faire dans les jours et les semaines qui viennent pour renforcer la cohésion de notre organisation et construire inlassablement l’unité la plus large. Tout cela contribuera à la réussite des objectifs syndicaux. Alors, notre slogan fédéral, "nous ne pèserons que par nos luttes", sera réellement mis au compte de la bataille pour l’information, pour nos emplois, pour l’avenir.

Au nom de la Filpac-CGT, je vous remercie.

Vive la CGT !


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Intervention de Jacky WAGNER, Secrétaire Général Union Départementale Bas-Rhin

Chers camarades,

Je suis ici pour vous apporter le salut de l’Union Départementale CGT du Bas-Rhin et pour vous interpeller sur l’alerte majeure qui risque de s’abattre sur nos droits si nous ne prenons pas notre destin en main !
C’est un Accord National Interprofessionnel "historique" qui a été signé par les "syndicats" CFDT, CFTC, CFE-CGC et le MEDEF le 13 janvier 2013.
Historique... car c'est le plus important recul des droits collectifs des salariés depuis plus de 30 ans.
Les partisans de cet accord, dont une bonne partie des permanents, sont reclassés depuis quelques jours auprès des ministères,  veulent nous faire croire qu’il ouvre des droits nouveaux aux salariés !
Mais en réalité ces "contreparties" sont virtuelles, conditionnelles et remises à plus tard et encore... pas pour tous !
Outre la CGT et FO non signataires, cet accord scandalise les spécialistes du droit du travail : avocats, conseillers des prud'hommes, inspecteurs du travail, etc. Il met littéralement en pièces plusieurs garanties collectives du droit du travail :
Où sont les avancées sociales quand on permet aux employeurs d’imposer des mobilités géographiques en toute circonstance ?
Loin de répondre à la feuille de route fixée par le gouvernement lors de la conférence sociale de juillet 2012, cet accord organise la mobilité interne forcée permettant ainsi aux employeurs de vous muter sur un autre poste, de vous envoyer à l’autre bout de la France. Si vous refusez, vous serez licencié pour motif personnel !  C’est ça une avancée ????

Où sont les avancées sociales quand on donne au patronat l’autorisation de baisser les salaires et/ou d’augmenter le temps de travail en cas de «difficultés conjoncturelles» ?
Le texte met en place les accords « compétitivité/emploi » que Nicolas Sarkozy voulait imposer sans avoir pu les mettre en place. Modifier le temps de travail et baisser les salaires durant deux ans sans garantie de maintien des emplois seraient désormais possibles.
Où sont les avancées sociales quand on plafonnement des indemnités de contentieux aux Prud’hommes (ex : 8 ans d'ancienneté = 4 mois de salaire maximum !) ?

Où sont les avancées sociales quand on impose une réduction du délai de prescription dont un salarié dispose pour attaquer son ex-employeur pour licenciement abusif qui passe de 5 à 2 ans ?

L’accord sécurise les licenciements en privant les salariés ou en leur rendant plus difficile l’accès à la justice prud’homale pour obtenir réparation du préjudice subi.

Ou encore quand on simplifie la mise en place de licenciements collectifs ?
Aujourd’hui, la loi définit des garanties en cas de licenciement économique collectif : une procédure et des délais permettant l’information et la mobilisation des salariés, l’intervention d’un expert permettant d’analyser la situation, l’obligation de recherche de reclassement…
Demain, ce socle de garanties ne vous est plus assuré et un licenciement économique de 99 salariés sera réglé en 2 mois, de 500 salariés en 4 mois. Le patronat n’aura plus à craindre les Fralib, GoodYear ou PSA !
Alors que seulement 3 % des chômeurs inscrits à Pôle Emploi ont pu bénéficier d’un plan social, le Medef veut grâce à cet accord décider de la procédure de licenciement et du contenu du plan social par simple accord d’entreprise, voire, en l’absence d’accord, par un simple document de l’employeur homologué par la Direction du travail.
Alors qu’il y a chaque jour plus de 1500 nouveaux chômeurs, que les ruptures conventionnelles (dont 80% sont imposées aux salariés) et les plans de départ volontaires explosent, le patronat prétend qu’il serait difficile de licencier ?
Que le droit du travail serait trop rigide ?
Faudrait-il, pour travailler, accepter de perdre tous ses droits ?
Que le travail non déclaré devienne la norme ?
Que les "mini jobs" à l’allemande ou le travail "indépendant" à la roumaine ou à la polonaise fleurissent ?
La CGT dit non.
Et ce ne seront pas les salariés de Lohr, Caddie, Clestra, Stracel, qui contrediront notre analyse car ils ont tous été confrontés à la fermeture ou des suppressions d’emplois massifs alors que les employeurs continuaient à engranger des bénéfices à double chiffre.
Il n’est pas question de laisser le Medef, les syndicats réformistes et le gouvernement remettre en cause tout un pan de notre droit social au seul motif de la crise qui a été causée par les capitalistes.
Contrairement à ce que prône le patronat, ce ne sont ni le coût du travail, ni la rigidité du marché du travail qui plombent la compétitivité des entreprises.
Ce sont les salariés par leur travail qui créent les richesses.
L’enjeu porte donc sur la répartition des richesses entre le capital et le travail :
aujourd’hui, la part des salaires dans les richesses créées est plus faible qu’à la sortie de la guerre. Alors que la rentabilité financière des entreprises est en hausse, le chômage explose et le pouvoir d’achat baisse freinant ainsi la relance économique.
Diviser par deux les dividendes libéreraient 120 milliards d’euros pour les investissements productifs, créeraient de l’emploi, permettraient de financer la protection sociale et de diminuer le déficit de l’état.
Ce gouvernement qui se dit attaché au dialogue social, doit prendre en compte le rejet de cet accord par les syndicats représentant bien plus de salariés que les syndicats signataires.
Cet accord ne doit pas être validé par nos parlementaires alsaciens !
Nous nous efforcerons de tous les contacter afin de leurs démontrer la nocivité de cet accord et pourquoi pas leur rappeler que ce dernier est contradictoire aux promesses du candidat Hollande et surtout qu’il est contraire à l’opinion largement partagée par les salariés, comme l’ont montré plusieurs enquêtes.
Je profite de ce meeting pour lancer une grande campagne d’information où nous distribuerons aux salariés et au grand public un 4 page à plus de 4 millions d’exemplaires.
J’invite solennellement dès aujourd’hui, toutes les structures CGT à engager dans les entreprises  les débats avec les salariés, de les informer les mauvais coups que leur prépare le Medef et les syndicats réformistes afin d’organiser les actions nécessaires pour faire comprendre au gouvernement qu’il ne faut pas signer cet accord.
Camarades, il est urgent de se mobiliser !

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